De la naissance des armoiriesC'est dans la première moitié du XIIe siècle qu'apparaît un peu partout en Europe occidentale les armoiries. Le code qui en assure le fonctionnement est le blason. L'influence des armoiries s'exerce encore aujourd'hui (drapeaux nationaux, maillots des sportifs, panneaux de signalisations...).
L'apparition des armoiries est liée d'une part à l'évolution de l'équipement militaire entre la fin du XIe siècle et le milieu du XIIe siècle et, d'autre part, aux transformations de la société occidentale au lendemain de l'an mille.
L'évolution de l'équipement militaireRendus à peu près méconnaissables par le capuchon du haubert et par le nasal du casque, les combattants occidentaux, à partir des années 1080-1120, prennent progressivement l'habitude de faire peindre sur la surface plane de leur bouclier des figures géométriques, animales ou florales, leur servant de signe de reconnaissance au cœur de la mêlée.
Les armoiriesLe terme d'armoirie ne peut être utilisé qu'à partir du moment où l'emploi des mêmes figures est constant chez un même personnage et où quelques règles simples interviennent dans leur représentation.
Les armoiries sont le produit de la fusion en une seule formule de différents éléments et usages emblématiques antérieurs :
- des
bannières viennent les couleurs et leur associations et certaines figures géométriques (pièces, partitions, structure en semé),
- des
sceaux et des monnaies proviennent plusieurs figures emblématiques (animaux, plantes, objets),
- des
boucliers vient la forme généralement triangulaire de l'écu héraldique, l'usage des fourrures (vaire et hermine) et un certain nombre de figures géométriques (bandes, croix, chef, fasce, bordure) héritées de la structure même du bouclier.
La datationLa broderie de Bayeux (réalisée vers 1080) fournit un solide
terminus a quo. D'un point de vue chronologique,
trois phases semblent se succéder :
- une phase de gestation (début XIe siècle aux années 1120-1130),
- une phase d'apparition (v. 1120-1130/v. 1160-1170),
- une phase de diffusion (v. 1170/v. 1230).
Les faits de sociétéL'expression de l'identitéL'ordre social nouveau féodal ou seigneurial demande un système d'identité lui aussi nouveau afin de pouvoir s'identifier : l'armoirie et l'héraldique.
La diffusion socialeD'abord utilisés par les princes (ducs et comtes) et grands seigneurs, elles sont progressivement adoptés par l'ensemble de l'aristocratie occidentale, puis aux non-combattants, aux non-nobles et à différentes communautés et personnes morales : femmes (dès 1180), villes (dès la fin du XIIe s.), patriciens et bourgeois (v. 1220), évêques (v. 1220-1230), artisans (dès 1230-1240), corps de métiers (v. 1250), moines et clercs (v. 1260), institutions et juridications (fin XIIIe s., début XIVe s.) adoptent les armoiries. A aucun moment, dans aucun pays, le port des armoiries n'a été l'apanage d'une classe sociale.
Figures et couleursDès leur apparition,
les armoiries se composent de deux éléments : des figures et des couleurs.
Dès les débuts de l'héraldique, le blason répartit les
six couleurs en deux groupes : dans le premier, il place le blanc et le jaune ; dans le second, le rouge, le noir, le bleu et le vert. La règle fondamentale interdit de juxtaposer ou de superposer deux couleurs qui appartiennent au même groupe. Cette règle fondamentale semble avoir existé dès les années 1150 et être d'abord dûe à des questions de visibilité, destinées à être vue de loin, puis dans une symbolique des couleurs à l'époque féodale.
Les premières armoiries ont une structure simple : une
figure d'une couleur posée sur un champ d'une autre couleur. Comme elles sont faites pour être vues de loin, le dessin de la figure est schématisée et tout ce qui peut l'aider à l'identifier est souligné ou exagéré (lignes de contour de figures géométriques, têtes pattes ou queue des animaux, feuilles ou fruits d'arbres). La figure occupe tout le champ de l'écu et les deux couleurs, vives et franches, sont associées selon la règle énoncée plus haut. Dès le milieu du XIVe siècle, la composition a tendance à se charger et à se compliquer au point de rendre illisibles certaines armoiries, les plans successifs s'empilant les uns sur les autres à l'intérieur de l'écu (dont la lecture doit toujours commencer par le plan du fond).
Brisures et armes parlantesA partir des années 1180-1200, au sein d'une même famille, un seul individu, l'aîné de la branche aînée, porte les armoiries familiales pleines ou entières. Les autres n'y ont pas droit et doivent
introduire dans l'écu une légère modification qui montre qu'ils ne sont pas "chefs d'armes", c'est-à-dire aîné de la branche aînée.
Cette modification s'appelle brisure. Les femmes n'y sont pas soumises.
Dès la fin du XIIe siècle, la plupart des armoiries entretiennent des rapports étroits avec la famille et le nom, notamment lorsqu'elles forment un
jeu de mots ou établit une relation de sonorité avec le nom du possesseur de l'armoirie : ce sont les
armes "parlantes" (ex. : Hugues de La Tour porte une tour).
La langue du blasonDès l'origine, la langue utilisée pour décrire les armoiries est la
langue vernaculaire et non pas le latin, probablement parce que l'Eglise est entièrement étrangère à la naissance de ces nouveaux emblèmes. Elles sont d'abord décrits dans une
langue non savante, mais à mesure de la diffusion, une langue propre se met en place. Cette langue s'appuie sur un lexique spécifique,
emprunté pour une bonne part au langage des étoffes, des vêtements mais aussi
au langage guerrier - pour les partitions - et sur une syntaxe originale qui permet de décrire de manière concise toutes les armoiries. Là où un blasonnement en latin demanderait six ou huit lignes, celui en français tient en deux ou trois lignes.
De l'écu au cimierL'écu est l'élément essentiel de la composition héraldique : c'est lui qui porte les armoiries stricto sensu. Toutefois, au fil des décennies, viennent s'ajouter des
éléments accessoires, dont
le cimier est le plus ancien et le plus signifiant.
Le
cimier héraldique apparaît dans la seconde moitié du XIIe s. Le cimier entretient en effet des rapports avec la mythologie de la parenté large, horizontale, clanique, voire totémique.
Les
premiers cimiers héraldiques semblent avoir été des
emblèmes individuels, masquant les tournoyeurs qui pouvaient ainsi s'investir de pouvoirs physiques, émotionnels et surnaturels. Puis, ils sont devenus familiaux au XIIIe siècle dans l'Empire et au XIVe siècle en France, où, par exemple, tous les Capétiens issus de Robert le Pieux (mort en 1032) utilisent comme cimier une fleur de lis carrée,
emblème de clan.
Dans les familles nobles se sont souvent les petits personnages (cadets de branches cadettes, bâtards) qui sont le plus attachés au cimier de leur famille, ce qui permet de compenser la modestie d'un rang. Ainsi, le port du cimier au cygne, choisi aux XIVe et XVe siècles par nombres de personnages à travers l'Europe chrétienne se rattache à un lignage prestigieux, celui des comtes de Bourgogne, descendant du légendaire chevalier au cygne, grand-père supposé de Godefroy de Bouillon, mort aux environ de l'an mille.
Le cimier médiéval est l'emblème où s'investissent et se cristalissent tous les récits liés à l'histoire de la famille.
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Sources :
- PASTOUREAU Michel, " La naissance des armoiries",
Une histoire symbolique du Moyen Age, éditions du Seuil, Paris, 2004, p. 213-244.
- Remarque de DuGuesclin.
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